Tristia et autres poèmes

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Tristia et autres poèmes Details

«Tristia dont le titre est emprunté à Ovide est un retour à la culture et à la terre où Mandelstam situe les sources de la poésie : Homère, Ovide, Catulle, et la Crimée, les contrées de la mer Noire qui s'étendent jusqu'aux monts du Caucase, et qui, pour le poète, sont inséparables du paysage historique, culturel et géographique de la Méditerranée. Ici convergent la pensée juive, grecque et chrétienne. C'est aussi, avec les îles Fortunées, le pays fabuleux de l'?ge d'or. Le poète vient y chercher le mot vivant dans sa pureté originelle. Cette quête du mot retrouvé, du mot neuf, est le motif central de plusieurs poèmes de Tristia où il apparaît associé à d'autres thèmes, dans un poème d'amour comme Tristia, ou dans l'admirable poème La scène fantomatique luit à peine, où le chant de l'Orphée de Gluck devient l'accord final de strophes sur le Pétersbourg des années de la guerre civile. Et quand Mandelstam, après une paraphrase de la troisième élégie des Tristes d'Ovide, s'écrie : Et seul m'est doux l'instant de la reconnaissance, il songe moins aux retrouvailles avec un être aimé qu'à la rencontre du poète avec la parole redécouverte.» François Kérel.

Reviews

Ossip Mandelstam était un poète russe du mouvement ??acméiste? (dont faisait partie également la grande Anna Akhmatova).??Acmé? signifie ??apogée?. Et l??on comprend mieux pourquoi à lire les poèmes de cet ensemble de recueils que constitue Tristia et autres poèmes. C??est l??apogée d??une âme qui se délivre, qui s??offre au lecteur capable de lire en laissant parler son émotion. Il y a de la vie brûlante au sein de ces pages comme un feu enclos dans le papier.Ossip Mandelstam a eu un jour l'idée fatale d'écrire un poème pour ridiculiser Staline. Il fut donc envoyé dans un goulag où il y mourut. Brutale méthode mais inefficace à tuer l???uvre du poète. On n??empêche pas l??herbe fauchée de repousser.J'aimerais vous raconter une très belle anecdote qui vous donnera peut-être envie de découvrir la poésie de Mandelstam.Peu de temps avant qu'il ne soit envoyé au goulag, sa femme Nadejda et quelques amis du couple Mandelstam, ont appris ??par c?ur? l'intégralité de son ?uvre. Tous ses papiers avaient été au préalable détruits : la bureaucratie soviétique ne méritait pas de mettre la main sur de tels écrits.C'est donc dans le c?ur de sa femme et de ses amis que la poésie d'Ossip Mandelstam a pu survivre, continuer de battre. Ce c?ur de poète a été ensuite rendu aux hommes lorsque les dépositaires se sont chargés de retranscrire son ?uvre.Et si nous avons aujourd'hui encore, la chance de pouvoir nous plonger dans cette poésie d'une immense richesse, c'est à ces âmes de scribes fidèles que nous le devons. Et l'on dit que c'est une chose stupide que de faire apprendre ??par c?ur? des textes aux enfants...Si Nadejda Mandelstam avait suivie cette voie stérile, c'est une pierre importante qui manquerait à l'édifice de la beauté. Il n'y a d'ailleurs qu'en français, étrangement, que se trouve l'expression ??apprendre par coeur?. Et bien peu de gens savent en saisir toute l'importance.Car le c?ur n??est pas seulement cet organe de vie défini par la science, cette pompe qui irrigue tout le corps.Le c?ur ?? n??en déplaise aux scientistes de bas étage ??, est aussi ce qui nous pousse à vivre au-delà de nous-mêmes.Je laisse à présent aux vers d??Ossip Mandelstam le soin de vous ensorceler. Il s??agit ici d??un poème écrit en janvier et février de l??an 1937 :Novembre 1933 (Traducteur : Henri Abril)Dans ce janvier que faire de moi-même?La ville ouverte et folle se raccroche à nous.Serais-je ivre de tant de portes qui se ferment?J'ai envie de beugler face à tous les verrous!Et les grègues de ces aboyeuses ruelles,Et les greniers des rues tordues sans fin,Et les gouspins venant à tire-d'aileSe cacher et surgir dans les coins et recoins!Je glisse dans les creux, dans l'ombre aux cent verrues,Pour aller jusqu'à la pompe gelée,Je trébuche en mâchant l'air mort et vermouluTandis que s'éparpillent les freux enfiévrésEt à leur suite je m'exclame et crie soudainDans cette glaciale caisse de bois:« Un lecteur! des conseils! un médecin!Sur l'escalier d'épines parlez, parlez-moi! »Thibault Marconnet30/01/2014

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