Category: Livres,Histoire,Grandes Périodes de l'Histoire
Les Vies parallèles, tome 7. Cimon-Lucullus ; Nicias-Crassus Details
Biographe et philosophe grec, Plutarque (c. 45 ?? 125 ap. J-C.) nous a légué une ?uvre importante, où la philosophie et la biographie occupent une place de choix. Nous possédons de lui les ?uvres morales, un ensemble varié de traités et de dialogues consacrés à des questions de philosophie morale (d'où le titre de l??ensemble), mais aussi à des sujets littéraires, politiques, scientifiques, religieux. C??est aussi en moraliste que Plutarque s??est intéressé à la vie des hommes illustres: ses Vies parallèles sont un immense recueil de biographies de grands hommes de l??histoire, présentées presque toutes par paires (un Grec étant mis chaque fois en parallèle avec un Romain). D??une érudition prodigieuse, l???uvre de Plutarque est un trésor de connaissances, de faits et d??idées. Dès l??Antiquité, elle a exercé une influence considérable, et parmi les très nombreux esprits que Plutarque a marqués on relève Shakespeare, Montaigne ou encore Rousseau. Au-delà de leur portée philosophique, ses ?uvres sont une mine de renseignements pour tous ceux qui s??intéressent à la civilisation gréco-romaine. Helléniste ; Professeur au Lycée de Troyes (en 1964)Hélléniste et traducteur, ?mile Chambry a édité et traduit Putarque, Platon et les Fables.Robert Flacelière dut directeur de l'?cole normale supérieure et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. On lui doit, dans la CUF, l'édition d'une grande partie des ?uvres complètes de Plutarque.Professeur de littérature et civilisation grecques à la Sorbonne, Paris IV et directeur de l'Unité de recherche sur la médecine grecque au CNRS (1990-2000), président de l'école doctorale Mondes anciens et médiévaux ; Membre de l'Institut, Académie des inscriptions et belles lettres (1997)

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Grec romanisé vivant à l'apogée du Haut-Empire, Plutarque veut prouver dans les Vies parallèles que les Grecs eurent aussi leurs grands hommes. 250 ans de domination romaine en Grèce ne pouvait pas effacer ce fait !Au début de la Vie de Nicias, Plutarque expose sa méthode : il ne cherche pas à rivaliser avec Thucydide ou Tite-Live, qui ont raconté avec talent les événements du passé. Lui n??est pas historien ; il est biographe. Et, si cela "sert à la compréhension d??un caractère et d??un comportement", il n??hésite pas à utiliser des sources moins renommées.Ainsi, chez Cimon et Lucullus, Plutarque souligne qu??ils combattirent avec ténacité et succès les "ennemis naturels" des Grecs et des Romains : les "Barbares". Comme anecdote révélatrice, on notera avec quel plaisir il oppose, lors de la bataille de Tigranocerte, la capacité de réflexion et la ferme résolution de Lucullus, le bel ordonnancement des légions romaines ("on vit la première aigle de Lucullus changer de direction, et les cohortes se ranger, manipule par manipule"), à l??orgueil et l??indécision de Tigrane, la médiocrité des troupes arméniennes ("la foule barbare se rangea donc en ordre de bataille dans une grande confusion").Mais Cimon et Lucullus se ressemblent encore "par l??exubérance et le relâchement de leur mode de vie." Ainsi, "on peut lire la vie de Lucullus comme une comédie ancienne : on y trouve au début des actes politiques et militaires, et à la fin des beuveries, des banquets, et, pour un peu, des cortèges dionysiaques, des fêtes aux flambeaux, et tous les enfantillages imaginables." En particulier, les repas de Lucullus sont devenus proverbiaux de par leur somptuosité et leur exubérance. Tout cela est évidemment jugé bien sévèrement par le moraliste platonicien : "Voilà à quoi Lucullus employait insolemment sa richesse, comme une captive barbare." La vieillesse idéale, selon Plutarque, est en effet plus austère, plus sérieuse, moins extravagante : "Le loisir, la tranquillité et l??étude de textes qui offrent un certain plaisir et stimulent la méditation sont une consolation qui convient parfaitement à un vieillard quand il en a fini avec la guerre et la politique."Nicias, stratège patient, homme politique rassis qui a "l??amour de la paix", n??a cependant pas la faculté à savoir saisir le kairos : "A force de réfléchir, de temporiser et de se méfier, il perdait l??occasion favorable." C??est, selon Plutarque, ce caractère pusillanime qui explique notamment l??échec des Athéniens devant Syracuse. L??acte final de cette tragédie sicilienne est d??un pathétique proche du sublime.Crassus se rapproche de Nicias par le fait qu??il connut lui aussi une mort sans gloire au terme d??un désastre militaire immense. Vainqueur d??un Spartacus dont la personnalité est jugée favorablement par Plutarque ("il possédait beaucoup de courage et de force, et surtout son intelligence et sa douceur l??élevaient au-dessus de sa condition et le rendaient plus grec que sa naissance"), Crassus se laisse ensuite emporter par ses passions. La responsabilité de la défaite face aux Parthes lui incombe totalement : jaloux des succès de Pompée et de César, avide de richesse, irrésolu, ne tenant pas compte des signes néfastes et des mauvais présages, abusé par l??Arabe Abgar (stéréotype de l??Oriental fourbe, éloquent et cruel), se fiant au traître Andromachos, le Romain se paie en plus le luxe de l??hybris ! Ainsi, au soir de la défaite, "il restait seul, la tête voilée, dans l??ombre, à terre ?? exemple, pour la foule, des vicissitudes de la Fortune et, pour les gens sensés, des conséquences de l??irréflexion et de l??ambition sous l??empire de laquelle, au lieu de se contenter d??être le premier et le plus grand de tant de milliers d??hommes, il s??était cru privé de tout, parce qu??on le jugeait inférieur à deux hommes seulement." Comment, avec une telle attitude, la Némésis ne pouvait-elle pas le châtier, lui et les troupes dont il assurait (très mal !) le commandement ? Dans un sommet de pathétique, c??est cette tragédie que le moraliste met en scène. Et, d??une formule lapidaire, il lave Rome de l??échec : "Ce qui est surprenant, ce n??est pas que sa sottise ait été vaincue par la puissance des Parthes, mais qu??elle ait pu être plus forte que l??heureuse fortune des Romains." Et hop ! voilà le brave Crassus bien habillé pour l??hiver?


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